Événement · Essonne
Rentrée économique de la CCI Essonne
L’IA ne doit pas devenir une complexité de plus pour le dirigeant.

J’ai eu le plaisir de participer à la Rentrée économique de la CCI Essonne. Au-delà de la qualité de l’événement et des rencontres, j’en retiens surtout la cohérence du cheminement proposé : partir des difficultés très concrètes rencontrées par les dirigeants, puis prendre de la hauteur sur les transformations économiques et technologiques en cours, notamment l’intelligence artificielle.
Deux regards se sont croisés au cours de la soirée : celui de l’économiste Antonin Bergeaud et celui de Cécile Dejoux, davantage centré sur les transformations managériales, les compétences et les organisations. Deux approches différentes qui permettent, de mon point de vue, de poser une question essentielle : comment faire de l’IA un véritable levier de création de valeur pour les entreprises, sans perdre de vue celles et ceux qui les font vivre ?
01 / Journal ECR Gestion
D’abord, revenir à la réalité des TPE-PME
L’introduction de Patrick Rakotoson, président de la CCI Essonne, m’a particulièrement intéressée parce qu’elle est partie du quotidien des entreprises du territoire.
Il a notamment rappelé deux chiffres : 95 % des entreprises sont des TPE-PME et près de 70 % des établissements essonniens comptent entre 1 et 9 salariés.
Derrière ces chiffres, il y a une réalité que beaucoup de dirigeants connaissent. Dans une petite entreprise, il n’y a pas toujours un service juridique, un directeur financier ou une importante direction des ressources humaines. Très souvent, le dirigeant cumule lui-même ces fonctions et ces responsabilités, en plus de son activité, de ses clients et de ses équipes.
Patrick Rakotoson a rappelé le rôle de proximité de la CCI : permettre à l’entreprise de trouver un premier point d’entrée lorsqu’elle rencontre une difficulté ou cherche le bon interlocuteur.
02 / Journal ECR Gestion
Quand l’accumulation crée de la lenteur
Pris séparément, beaucoup de dispositifs, obligations ou procédures ont leur logique. Mais lorsqu’ils s’additionnent, ils produisent quelque chose de très concret pour le dirigeant : de la lenteur.
« Nous avons construit un pays dans lequel il faut presque demander l’autorisation avant d’avoir l’idée. »
Un formulaire, une pièce manquante, un service indisponible, un rendez-vous plusieurs semaines plus tard, une réponse qui doit en attendre une autre… Pendant ce temps, l’entreprise, elle, n’attend pas.
Patrick Rakotoson a également salué le travail des services de l’État et des administrations locales en Essonne, avant d’élargir la réflexion au fonctionnement du système dans son ensemble : comment transformer suffisamment vite une idée en emploi, un projet en investissement, une innovation en entreprise ?
03 / Journal ECR Gestion
Trésorerie, financement et compétences : des préoccupations très concrètes
L’intervention a également abordé les entreprises qui attendent le règlement de leurs factures, avec une attention particulière portée au bâtiment et aux travaux publics. Pour une petite entreprise, un règlement qui tarde, c’est de la trésorerie qui manque.
La question du financement a aussi été soulevée : certains entrepreneurs cherchent des financements sans toujours savoir vers quels interlocuteurs se tourner. Le rôle de la Banque de France, de la médiation du crédit et des dispositifs d’accompagnement a été rappelé, tout comme la Communauté des financeurs créée en 2026.
Autre paradoxe évoqué : des entreprises recherchent des compétences, des jeunes recherchent un emploi, et pourtant les deux ne se rencontrent pas toujours. L’apprentissage et la formation professionnelle prennent alors toute leur importance. Avec la Faculté des métiers de l’Essonne, près de 3 000 apprentis sont formés chaque année, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers de personnes accompagnées en formation continue.

04 / Journal ECR Gestion
L’IA vue par l’économiste
Avec Antonin Bergeaud, l’intelligence artificielle a notamment été abordée sous l’angle économique : productivité, investissements, données, énergie, souveraineté et organisation.
L’une des questions soulevées concerne la transformation d’un gain de productivité individuel en gain réel pour l’organisation. Un collaborateur peut gagner du temps sur une tâche grâce à l’IA sans que l’entreprise tout entière obtienne mécaniquement le même gain. La discussion a également porté sur l’intégration de la technologie dans les processus, l’adaptation de l’organisation, la formation, la sécurisation des usages et l’accompagnement des transformations.
Les échanges ont également porté sur la donnée, devenue une ressource stratégique, et sur les questions de disponibilité, de qualité, de propriété intellectuelle, de consentement et de souveraineté. Ils ont ouvert une réflexion sur les choix technologiques et d’investissement, notamment autour de modèles plus spécialisés ou frugaux, de la robotique et de l’IA embarquée.
05 / Journal ECR Gestion
L’IA vue par le management
Avec Cécile Dejoux, le regard s’est déplacé vers l’entreprise, son organisation et ses collaborateurs.
La question du Shadow AI illustre une réalité : les outils d’intelligence artificielle sont déjà utilisés, parfois en dehors d’un cadre défini par l’entreprise. Les échanges ont porté sur les usages, le cadre à définir, la protection des informations et le développement de l’esprit critique.
La méthode RIRE — Réfléchir, Inciter, Revérifier, Enrichir — présentée au cours des échanges m’a particulièrement intéressée par la place qu’elle conserve à l’humain. L’IA peut assister, produire, rechercher, synthétiser ou accélérer ; l’humain doit continuer à réfléchir, vérifier, contextualiser et décider.
07 / Journal ECR Gestion
Plus de 400 participants : la richesse était aussi dans les rencontres
Cette Rentrée économique a réuni plus de 400 chefs d’entreprise et acteurs économiques. La richesse de l’événement ne s’est pas arrêtée à la conférence.
Le cocktail qui a suivi a constitué un véritable moment d’échanges et de mise en relation : prises de contact, discussions entre dirigeants, partage d’expériences et prolongement, de manière beaucoup plus informelle, des sujets abordés pendant la soirée.

08 / Journal ECR Gestion
Merci pour cette soirée
Je souhaite enfin remercier Patrick Rakotoson, président de la CCI Essonne, pour son accueil, sa disponibilité, son accessibilité et son écoute au cours de la soirée.
Merci également à l’ensemble des équipes de la CCI Essonne, dont la mobilisation a permis l’organisation de ce rendez-vous, ainsi qu’à l’Université, qui a contribué à rendre possible l’accueil d’un événement de cette ampleur.
Merci aux intervenants, aux partenaires et bien sûr aux dirigeants et participants rencontrés au cours de la soirée.
09 / Journal ECR Gestion
Une clôture institutionnelle pour terminer la soirée
La soirée s’est également conclue par un temps institutionnel et des remerciements, avec notamment une prise de parole de la préfète de l’Essonne.

Conclusion
Ce que j’en retiens
Je suis repartie avec beaucoup de matière à réflexion.
Le regard économique sur l’IA nous oblige à nous demander où se trouve réellement la création de valeur. J’en retiens, sur le plan managérial, que cette valeur ne pourra être créée sans organisation, compétences, accompagnement et discernement humain.
Pour ma part, je relie cette réflexion à l’intervention introductive de Patrick Rakotoson : elle rappelle le contexte concret de ces milliers de petites structures dans lesquelles le dirigeant assume déjà plusieurs métiers à la fois.
Dans de nombreuses entreprises, l’IA est déjà utilisée. La question est de savoir ce que nous allons en faire — et surtout si nous saurons l’utiliser pour simplifier, mieux décider et redonner du temps à l’humain plutôt que lui ajouter une nouvelle couche de complexité.
Derrière les technologies, les modèles économiques et les transformations à venir, l’entreprise reste d’abord une aventure humaine.
Marie Yesse · Fondatrice d’ECR Gestion
